INTERVIEW : CHAN CHIH YUAN (Source Butterfly News)

Publié le par Quetard Nicolas

„Aux Européens le plaisir, aux Asiatiques le travail“

             A la table, Chuan Chih-Yuan, joueur sous contrat Butterfly, peut exploser comme un volcan.

Ce taïwanais de 29 ans pratique un jeu offensif très agressif avec prise shakehand. Il utilise un bois spécifiquement construit pour lui par Butterfly et aux revêtements TENERFY 05 en coup droit et TENERGY 64 en revers . Le N°1 de Taïwan est très connu en Allemagne puisqu’il a joué pendant 7 ans, avec 2 interruptions, pour le TTF Liebherr Ochsenhausen et une saison chez le SV Plüderhausen. Le N° 18 mondial a créé chez lui, à Kaoshing City, une école de tennis de table avec internat. Mais son temps de joueur est loin d’être terminé. La star Butterfly a encore plein de projets.

Chih-Yuan, vous venez de terminer votre 10ème saison en Europe, 8 en Allemagne et 2 en Espagne. Vous avez connu beaucoup de succès durant les 7 années que vous passées en tout au TTF Liebherr Ochsenhausen. Vous quittez maintenant ce club. Pour aller où ?

A Paris. UTT Levallois, le club le plus renommé de France, m’a fait une proposition attractive que je n’ai pas pu refuser. Mais quitter Ochsenhausen après 7 années, ça fait mal. Sans aucun doute.

Pourquoi précisément la France ?

Le championnat français est devenu vraiment fort et plus attractif que la Bundesliga allemande pour les joueurs qui veulent disputer beaucoup de tournois internationaux. Tous les matchs ont lieu en semaine le Mardi. La planification et l’organisation des grands rendez-vous est beaucoup plus facile. Excepté les rencontres de Champions League, bien sûr.

Voilà pour l’actualité. Venons-en à vos débuts. Quand avez-vous commencé avec le tennis de table ?

A 8 ans, à l’école. Beaucoup d’enfants y pratiquaient le tennis de table. Mes parents y jouaient et ma mère conseillait les joueurs. Elle apprenait à jouer à mon grand frère, plus âgé de 2 ans, quand elle s’est rendue compte que je me débrouillais plutôt bien avec une raquette. Elle m’a aussi appris à jouer au tennis de table.

Tu es allé dans un vrai club de TT après ?

Non. Des clubs comme en Europe, cela n’existe pas à Taïwan. Ce sont les écoles qui remplissent cette fonction. Les enfants et les jeunes s’entraînent à l’école, font partie d’équipes scolaires et disputent des compétitions par équipes et individuelles du niveau local en passant par le niveau régional jusqu’au niveau national. Après, pour les plus âgés, il y a les équipes universitaires et des équipes d’entreprise, mais sans structure financière professionnelle comme au Japon, en Corée du Sud ou en Chine. C’est pour cela que je suis parti à l’étranger à l’âge de 19 ans, pour gagner de l’argent. Les structures du Tennis de Table de Taïwan ressemblent fort au système japonais.

Dans votre jeunesse, quel est votre plus grand succès, celui qui vous a fait envisager de passer professionnel ?

A 13 ans, j’ai remporté la compétition nationale des moins de 14 ans. Je n’ai pas encore pensé à passer professionnel mais j’ai trouvé bonne l’idée de ma mère de m’envoyer en Chine dans une école de TT. Elle m’a promis que je pourrais arrêter dès que cela ne me plairait plus. Je suis donc allé à Hebei en Chine à 13 ans. Les écoles de TT sont très orientées sport là-bas et cela ne m’a pas posé de problème. Dans les années suivantes, j’ai changé plusieurs fois d’école en Chine pour apprendre de nouvelles choses. J’y suis resté jusqu’à mes 18 ans. Peu après, je suis venu en Allemagne.

Vous jouiez déjà au niveau international à ce moment ?

Depuis 1997, je jouais dans l’équipe nationale de Taïwan, par exemple aux championnats d’Asie 1998 où j’ai obtenu de bons résultats. Un an plus tard, j’ai fait mes débuts à un championnat du monde, à Eindhoven pour être précis, où je me suis de nouveau fait remarquer par mes résultats.

Est-ce que vous auriez atteint votre niveau actuel sans la formation dans les écoles chinoises ?

Difficile à dire. La formation dans les écoles de Taïwan est plutôt bonne. Mais après, c’est fini. Or les années 18-21 sont incroyablement importantes dans la formation d’un professionnel. C’est pour cette raison que j’ai quitté Taïwan, pour ne pas stagner.

Vous êtes à TTF Liebherr Ochsenhausen, un club de l’élite allemande. Comment avez-vous réussi l’acclimatation à la façon de vivre européenne, et plus particulièrement celle du sud de l’Allemagne ? Le mode de vie est donc totalement différent en Asie.

Globalement bien. J’ai été reçu très chaleureusement à Ochsenhausen, particulièrement par le président Rainer. On m’a aidé dans toute la mesure du possible. Seule la cuisine a demandé une longue phase d’acclimatation.

Parlons de la philosophie pongiste asiatique et européenne. Comment les Asiatiques voient-ils le tennis de table et comment le travaillent-ils ?

Les Européens prennent plus de plaisir à pratiquer le TT, ils s’amusent à l’entraînement. C’est une joie qui vient de l’intérieur. Les Asiatiques prennent aussi du plaisir mais ils sont beaucoup plus encadrés et dirigés par les entraîneurs. Ils travaillent plus le TT qu’ils ne le jouent. Ils s’entraînent naturellement beaucoup plus dur que les Européens à cause de cette mentalité. C’est pour cela qu’ils sont si forts, particulièrement les Chinois. Un entraînement quotidien de 7 heures n’a rien d’inhabituel. Cela n’existe pas en Europe.

Vous avez 29 ans et vous êtes actuellement N° 18 mondial. En 2001, vous avez même été N° 3 pendant un temps. Quels sont vos objectifs sportifs, qu’attendez-vous de votre avenir ?

Mon objectif est de remporter une médaille aux prochains Jeux Asiatiques, au prochain championnat du monde individuel et aux JO. Je m’en sens capable.

Vous pratiquez un jeu offensif très agressif avec prise shakehand. Que faut-il encore améliorer dans votre jeu ?

Je suis très satisfait de mon jeu quand je joue contre les numéros 20

 à 50 mondiaux, ou moins. Mais contre les tout meilleurs, je suis parfois trop agressif et pas sûr de moi. C’est à ce niveau que je dois continuer à développer mon système de jeu, pour amener plus de contrôle dans mon jeu sans perdre l’agressivité. Pas facile, mais faisable. J’y travaille en tous cas.

Quel est l’attrait particulier du TT pour vous ? Pourquoi aimez-vous le TT ?

Une question difficile, honnêtement. Je vais le dire ainsi : le tennis de table est la seule activité que j’aime faire en permanence depuis mes 8 ans. Toutes les autres choses que j’ai essayées n’ont jamais duré longtemps. Seul le tennis de table a perduré et est aussi devenu une habitude. Bien sûr j’aime beaucoup gagner et livrer des matches spectaculaires pour les spectateurs. Mais en toute honnêteté, à 20 ans, je pensais que j’arrêterai à 27 pour devenir peut-être entraineur. Ca a changé, je prends plus de plaisir au TT ces dernières années .Et c’est pourquoi je ne peux pas dire actuellement quand je vais arrêter.

Y a-t’il quelque chose que vous changeriez dans le tennis de table ?

Changer, non. On a eu assez de modifications de réglementation ces dernières années. Ce dont nous avons besoin par contre, c’est d’un meilleur marketing, de spectateurs, de sponsors, de retransmissions télé, d’une présence médiatique. Ca marche dans certains pays, dans d’autres pas du tout. C’est du ressort de l’ITTF de promouvoir le Tennis de Table.

Publié dans Portraits

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